Les paysages et le Régime anglais (1760-1867)

Lors de la Conquête, partout la destruction est importante en bordure du fleuve. Seules certaines habitations sont épargnées de même que des églises. C’est pourquoi les témoins bâtis encore existants relatifs à la Nouvelle-France se révèlent un héritage d’importance.

Ce siècle est marqué par d’importantes transformations. L’apogée du commerce du bois scié, de la construction navale et du cabotage sur le fleuve, la croissance de la ville et de villages, conjuguée à l’ouverture de nouveaux territoires de colonisation, la révolution pré-industrielle et des transports dont l’avènement du bateau à vapeur puis, du chemin de fer créent une forte impulsion économique qui transforment en profondeur les paysages des Basses-terres du Saint-Laurent, particulièrement ceux en bordure du fleuve. Québec demeure la capitale de la colonie et la principale porte d’entrée à l’Amérique du Nord et devient un pôle portuaire et économique déterminant pour l’Empire britannique.

Les éléments structurants de la colonie britannique

Pendant le Régime anglais, les mêmes trois éléments naturels continuent de structurer l’occupation du territoire, soit les voies d’eau, le relief et la forêt. Toutefois, ils deviennent l’objet de transformations sans précédent. La principale différence entre l’époque anglaise et la période précédente correspond à l’échelle des diverses occupations, notamment par l’ampleur des activités industrielles, particulièrement des industries du sciage.

En effet, cette dernière passe d’une économie basée auparavant sur les besoins de la colonie française à une économie axée sur un marché d’exportation sous l’égide de l’Empire britannique. La comparaison des cartes d’Adams en 1822-26 et de Sitwell en 1864-67 permet de visualiser ces transformations avec l’apparition de paysages industriels, de noyaux ouvriers, de domaines bourgeois, de villages, de nouveaux habitats linéaires le long des routes et d’une expansion des paysages ruraux.

  1. Carte de Sitwell (1867), Fortification Surveys – Québec-Lévis, Bibliothèque et Archives nationales du Québec
  2. Carte de John Adams (1822-26), Bibliothèque et Archives nationales du Québec
  3. Carte de Sitwell (1867), Fortification Surveys  – Les environs de Québec, Beauport et Charlesbourg, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Fleuve et cours d’eau industriels

Sur la quinzaine de kilomètres entre la rivière du Cap Rouge, la rivière Chaudière et la chute Montmorency, le fleuve se transforme en une véritable autoroute pour les cages ou radeaux de bois équarri. Le port de Québec s’agrandit et gagne du terrain sur l’embouchure de la rivière Saint-Charles. Il se déploie également sur une centaine d’anses servant à l’entreposage du bois, à des chantiers navals et des scieries, tant sur la rive nord, à Cap-Rouge, à Sillery,

au Cap-Blanc, à l’anse des Mères, que sur la rive sud, le long d’anses comme Hadlow, Benson, Tibbits ou Guilmour. Le chantier de réparation de bateaux Davie voit également le jour. De nombreux quais sont construits en bordure du fleuve. Des chantiers navals se concentrent également à l’embouchure de la rivière Saint-Charles et sur la rive sud de l’île d’Orléans.


Saviez-vous que…
C’est au chantier de l’Anse-au-Fort de l’île d’Orléans que sont construits les deux plus grands voiliers de la région alors que les premiers bateaux à vapeur ont été construits à Lévis. 48 chantiers navals sont dénombrés entre 1765 et 1893 sur les deux rives du fleuve. L’ancien chantier naval A.C. Davie et les chantiers Davie encore activité représentent des témoins de grand intérêt.

Dans la région, on fait état de 60 scieries construites entre 1829 et 1831. Les scieries les plus importantes occupent l’embouchure des rivières Etchemin et Montmorency. Sur la rive nord, on retrouve des moulins à scie sur les rivières du Cap Rouge, du Berger, Beauport, Jaune à Notre-Dame-des-Laurentides et Montmorency à Sainte-Brigitte-de-Laval de même que sur des ruisseaux comme le ruisseau Lairet ou à l’île d’Orléans.

Les rivières Etchemin, Montmorency et Jacques-Cartier servent à la drave pour amener le bois à des scieries. Sur la rive sud, outre les 4 grandes scieries construites en bordure du fleuve au confluent des rivières Aulneuse, Etchemin et à la Scie, d’autres moulins sont construits en amont sur les rivières Aulneuse, et Chaudière à la hauteur de Breakeyville. Vers 1850, plus d’une dizaine de moulins à scie sont également répertoriés dans la Jacques-Cartier.


 

  1. Vue des anses à bois du côté de Québec et vue lointaine de Lévis (1865), Bibliothèque et Archives Canada, Collection Edward McCann
    Les principales rivières des environs, sur la rive nord et la rive sud du fleuve, servent à l’implantation de plusieurs activités industrielles dont des fabriques et des moulins à scie.
  2. Cages de bois et chantiers navals sur la rivière Saint-Charles par Bainbridge (1837-38)
    L’exploitation de la pierre prend également de l’ampleur avec la multiplication de carrières et de fours à chaux. Deux carrières situées le long de la rivière Beauport figurent déjà sur le plan de Sitwell de 1867 et constituent l’empreinte initiale de la grande carrière toujours existante à cet endroit à Beauport.

Expansion des villes, villages, faubourgs, noyaux ouvriers et domaines bourgeois

Cette effervescence suscite une véritable explosion démographique et une expansion urbaine le long du fleuve, du côté de la rivière Saint-Charles et en haute-ville. À Québec, en basse-ville, s’étend le quadrillé des faubourgs Saint-Roch, Saint-Sauveur et les rubans de noyaux ouvriers riverains au Cap-Blanc et le long du chemin du Foulon. Les noyaux, à l’origine de Limoilou, naissent au-delà de la rivière Saint-Charles avec la construction des ponts Drouin et Scott. En haute-ville, s’étend également le faubourg Saint-Jean et se constituent ceux dans Sillery de Côte-de-l’Église, Côte-à-Gignac et Bergerville.

En 1850, de riches marchands font construire une vingtaine de spacieuses villas, entourées de grands domaines aménagés à l’anglaise, sur le dessus de la colline de Québec, le long de la Grande-Allée, des chemins Sainte-Foy et Saint-Louis. Dans la majorité des cas, ces propriétés dominent le fleuve et l’anse à bois où se déroulent les activités du marchand. Jusqu’au milieu du 19e, la présence anglaise transforme le paysage urbain de Québec dans l’architecture des édifices et dans la langue d’affichage. Mais surtout, la présence de la garnison britannique modifie la silhouette des hauteurs de Québec avec la construction d’une imposante Citadelle sur le haut du cap Diamant et de tours Martellos donc trois existent encore aujourd’hui. Des espaces de parade sont aménagés pour les militaires, créant une séquence d’espaces libres dans la ville, dont le parc de l’Esplanade.

Des villages se distinguent. On y retrouve des bourgs industriels construits à proximité de moulins, des bourgs de services avec des échoppes et des boutiques ou des villages avec des institutions dont des couvents. À l’est, le noyau ouvrier de Beauport structure davantage l’implantation linéaire le long des avenues Royale et des Cascades alors qu’apparaît un noyau ouvrier riverain à l’ouest de la chute Montmorency, juste au bas de la côte Saint-Grégoire.

La rive sud du fleuve n’échappe pas à cette expansion. Les entreprises localisées à Lévis donnent naissance aux villages de Saint-Étienne, de Saint-Nicolas, de Breakeyville et de Pintendre ou à des agglomérations d’ouvriers à Saint-Romuald avec les noyaux riverains linéaires de New Liverpool et près de l’embouchure de la rivière Etchemin. Le village, fondé par l’industriel Caldwell, devient la ville d’Aubigny, planifiée sur les hauteurs de Lévis. Comme à Québec, ces hauteurs servent de lieu de prédilection à des résidences bourgeoises ayant vue sur le fleuve, dont le manoir de John Caldwell. D’Aubigny devient le nouveau centre névralgique en remplacement de Lauzon et la base de la trame urbaine du Vieux-Lévis avec son noyau institutionnel réunissant l’église, le couvent, l’hospice et l’hôtel de ville.

  1. Vue de Québec à partir de Pointe-Lévy (Vers 1850), Benjamin Beaufoy, Musée McCord
  2. Vue de la silhouette de Québec à partir de Lévis (1807), George Heriot. Bibliothèque et Archives nationales du Québec
  3. Le manoir de Caldwell et les moulins de l’Etchemin à Lévis (Vers 1843), Joseph Légaré. Musée national des Beaux-Arts du Québec, No 1956.404

Nouveau visage des campagnes et expansion vers l’arrière-pays

La plaine du Saint-Laurent change, des hameaux deviennent des villages. Des villages se différencient par un resserrement des habitations dans le voisinage de l’église et selon différentes formes en relation avec les caractéristiques physiques du lieu. La forme la plus répandue s’avère le village linéaire qui épouse les sinuosités de la côte, appelé aussi le village-rue. Dans certains cas, l’arrière-lot est demeuré agricole alors que seule la partie des lots sur rue est subdivisée en parcelles plus étroites. Les villages de Sainte-Famille, de Saint-Laurent et de Saint-Jean sur l’île d’Orléans en représentent des exemples de même que celui du chemin du Foulon qui subsistent encore de nos jours.

Un village apparaît dans la plaine. C’est le cas de Saint-Augustin dont la chapelle et une autre église, construites pendant le Régime français trop près de la batture, sont sujettes aux inondations. Un nouvel emplacement sur le plateau est choisi pour l’église actuelle, en bordure de larges espaces agricoles et de la nouvelle route vers Montréal, future route 138.

De nouvelles églises remplacent des chapelles trop petites. L’église devient la marque essentielle du centre du village, avec le presbytère, le cimetière auxquels s’ajoute, dorénavant, l’école. Construite sur un site bien en vue, l’église domine le paysage environnant et les clochers deviennent des repères dans le paysage. Plusieurs églises prennent place sur le haut d’une pente, le long du rebord d’une terrasse et se révèlent bien perceptibles.

Malgré tout, hormis la bande littorale et les abords de Pointe-Lévy, la très grande majorité du territoire lévisien est agricole. Les paysages agricoles occupent l’essentiel des terrasses, des coteaux, de la dépression de la rivière Saint-Charles et des plateaux, situés sur la rive nord, de Saint-Augustin à Cap-Tourmente. L’espace agricole s’agrandit sur le pourtour de l’île d’Orléans vers l’intérieur car, désormais, les produits des cultures peuvent être envoyés vers Québec à partir des quais de Saint-Jean et de Sainte-Pétronille.

Au début du 19e siècle, la poussée de colonisation atteint le fond des seigneuries avec de nouveaux rangs et déborde les Basses-terres du Saint-Laurent pour rejoindre l’arrière-pays du Bouclier canadien. Toutefois, le caractère y demeure avant tout forestier. Les cantons de Stoneham et de Tewkesbury sont créés. Apparaissent la mission Saint-Patrick (future Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier), Waterloo Settlement (futur Lac-Beauport), la mission de Laval (future Sainte-Brigitte-de-Laval), de même que Saint-Ferréol-Les-Neiges. Ces quatre nouveaux noyaux de peuplement poursuivent le même mode d’occupation en relation avec des cours d’eau, soit le lac Beauport et trois rivières, la Jacques-Cartier, la Montmorency et la Sainte-Anne. S’ajoutent aussi de nouveaux rangs d’arrière-pays dans La Côte-de-Beaupré, ceux de Saint-Ignace et Saint-Achillée.

  1. Vue de la vallée de la rivière Saint-Charles et des Laurentides, Bainbridge. Société historique de Québec
  2. Vue de Château-Richer, du cap Tourmente et de la pointe de l’île d’Orléans (1787), Thomas Davies, Musée des Beaux-Arts du Canada
  3. L’Ange-Gardien (1829), James Pattison Cockburn, Bibliothèque et Archives Canada

La forêt recule !

Sous l’expansion du peuplement, l’impulsion de la colonisation de nouvelles terres et de l’exploitation forestière, la forêt régresse partout sur les Basses-terres du Saint-Laurent ! Sur la colline de Québec, persistent les bois de Sillery et de Cap-Rouge qui occupent de grandes superficies et correspondent aujourd’hui aux boisés Neilson, de Marly, des Compagnons-de-Cartier, de l’Université Laval, des grands domaines conventuels de Sillery et du Bois de Coulonge, en comparaison du plan de 1826. Sur la rive sud, de larges trouées segmentent la forêt initiale en relation avec les rangs, particulièrement sur la pointe de Lévy, dans les secteurs de Pintendre, de Saint-Romuald, de Saint-Jean-Chrysostome et dans la plaine à l’ouest de la rivière Chaudière.

Selon la carte d’Adams, ils correspondent de nos jours aux boisés présents sur le cap Samson et aux abords des rivières Chaudière, Etchemin et à la Scie. Toutefois, l’ampleur de l’exploitation forestière qui affecte des bassins versants de rivière dont celui de la rivière Etchemin avec la localisation des moulins Caldwell en aval, peut avoir changé la composition de ces forêts. On rapporte alors que « Tout avait été abattu, jeté à la rivière, trainé au fleuve, scié par les machines de Caldwell.

Extension du réseau routier

Aux principales routes construites pendant le Régime français, s’ajoutent de nouveaux axes de peuplement, des routes qui rejoignent les extrémités du territoire ou les dépassent vers d’autres régions.

Ces nouvelles routes constituent autant de nouveaux axes de peuplement, plus éloignés de la ville, qui pénètrent à l’intérieur du territoire forestier des Laurentides. Ces dernières correspondent aujourd’hui à la trame de routes régionales ou de collectrices.

Chemins de grève, ponts de glace et liens par bateau à vapeur

Des liens via le fleuve s’affirment entre la rive nord, la rive sud et l’île d’Orléans offrant des opportunités de découverte des paysages. La carte de John Adams met en évidence la présence de quatre liens interrives. Un chemin de grève estival relie la basse-ville de Québec à Beauport et longe la côte de l’embouchure de la rivière Saint-Charles à celle de la rivière Beauport. Un chemin sur la glace maintient le lien entre Québec et Beauport pendant l’hiver alors qu’un autre assure un lien entre la basse-ville de Québec et la pointe nord-ouest de l’île d’Orléans. En complément, un pont de glace assure aussi un lien hivernal entre la côte de Beaupré et l’île d’Orléans.

Toutefois, une nouveauté se manifeste. Un service régulier de traverse par bateau à vapeur est établi entre Québec et Lévis auquel s’ajoutent des liens réguliers entre Québec et Saint-Nicolas, entre Québec et Sainte-Pétronille.

Philippe Aubert de Gaspé rapporte ainsi dans ses Mémoires l’influence du bateau à vapeur, le Lauzon, lancé en 1817 : « le Lauzon fit une véritable révolution dans les habitudes des citoyens de la bonne ville de Québec dont les trois quarts n’avaient jamais mis le pied sur la rive sud du fleuve St.Laurent. Chacun voulait visiter cette plage inconnue terra incognita…»

La révolution des transports suscitée par l’apparition du bateau à vapeur génère également l’offre  d’excursions touristiques sur le fleuve jusqu’à Sainte-Anne-de-Beaupré, lieu de pèlerinage et de dévotion à sainte Anne depuis la Nouvelle-France.

 

Avènement du chemin de fer

Ce siècle se termine avec la construction du chemin de fer du Grand-Tronc (1854) à Lévis. Une grande portion de la voie ferrée longe directement le fleuve afin d’assurer une forte complémentarité entre le transport maritime et ferroviaire. Lévis devient une tête des réseaux vers Montréal, les Maritimes et les États-Unis. Cette localisation stratégique transforme la bordure fluviale de Lévis et un terminus s’implante à l’anse Tibbits

Il conduit également à l’implantation de gares qui favorisent le développement de Saint-Rédempteur et de Charny. Une nouvelle ère commence car le chemin de fer devient le précurseur à l’urbanisation du territoire !

Perception des paysages

La nécessité de voir plus loin
Voir le fleuve pour en contrôler l’accès s’avère une nécessité pour défendre la ville. C’est pourquoi les hauteurs de Québec sont occupées par des ouvrages militaires dont la construction d’une citadelle sur le point le plus élevé de la colline de Québec, de remparts dont une partie donne sur la rue des Remparts, et des tours Martello sur les hauteurs d’Abraham. À ces hauteurs, s’ajoutent aussi celles de Lévis, réservées à des fins militaires pour la construction des forts de Lévis en assistance à la Citadelle de Québec. Le fort Numéro-Un, construit sur le dessus du mont Lauzon, en surplomb de l’île d’Orléans et du port de Québec, en est le principal témoin aujourd’hui.

Les préoccupations militaires ont également une influence sur la présence d’espaces stratégiques non bâtis. Notamment cette préoccupation requiert un fort dégagement aux abords de la citadelle de manière à éloigner tout bâtiment. C’est pourquoi près de cent hectares sont acquis sur les hauteurs d’Abraham, entre 1780 et 1850, achat précurseur du futur parc des Champs de bataille.

Le romantisme : recherche du sublime, du pittoresque et de la contemplation
Le mouvement romantique, né en Allemagne et en Angleterre à la fin du 18e, suscite la recherche d’émotions fortes devant le beau et le sublime de la nature ou du voyage. Cette vision s’oppose à celle du mouvement classique typique du Régime français. « La nature humaine n’est plus seule au sommet de la beauté, elle y côtoie le paysage ». Ce courant s’exprime, entre autres, en littérature et en peinture. Les sites naturels d’exception et la vue du pittoresque dans les paysages d’ensemble sont recherchés. De nombreux touristes convergent vers Québec et la qualifie « de splendide, de superbe, d’extrêmement belle, de pittoresque. » Des artistes peignent des scènes en bordure du fleuve ou de rivières. Avec eux, s’amorce la naissance du tourisme.

Le romancier Charles Dickens reprend, en 1842, la comparaison faite par un ingénieur militaire en poste à Québec. Tombé sous le charme de la ville, il écrit : « Voici l’impression que fait au visiteur ce Gibraltar d’Amérique : ses hauteurs vertigineuses, sa Citadelle en quelque sorte suspendue dans les airs, ses pittoresques rues à pic, ses portes sourcilleuses, et la vue saisissante qui frappe le regard à chaque détour: elle est à la fois unique et inoubliable. »

Un des points de vue qui suscite le plus d’intérêt correspond à la vue offerte depuis la citadelle vers la basse-ville au premier-plan, l’ouverture du fleuve devant l’île d’Orléans et surtout l’arrière-plan naturel de montagnes et de forêts semblant sans limites. Ce panorama est jugé digne d’une comparaison avec la baie de Naples. Dans cette volonté d’observer le panorama grandiose du fleuve, la terrasse Durham (Dufferin) devant le château Saint-Louis est prolongée vers la citadelle.

D’autres sites des environs retiennent l’attention pour leur attrait naturel et leur caractère sublime. Outre les chutes Kabir Kouba sur la rivière Saint-Charles ou celles de la rivière Sainte-Anne, les plus appréciées correspondent aux chutes sur la Montmorency et sur la Chaudière. Avec la construction de la résidence d’été du gouverneur Haldimand, première villa palladienne au Canada, près de la chute Montmorency, sur le haut de sa rive droite, l’endroit devient très populaire pour les pique-niques ou les glissades sur le pain de sucre en hiver. Son emplacement correspond de nos jours au manoir Montmorency reconstruit après son incendie en 1993. Plusieurs artistes sont attirés par le caractère sublime de la chute Montmorency dont James Peachey, George Heriot ou Joseph Légaré. Ce lieu devient un des sujets les plus illustrés au Québec et au Canada. Des auteurs comme Henry David Thoreau et sir James MacPherson Lemoine en ont vanté les qualités dans leurs écrits.

La rive sud demeure également un lieu choisi pour voir Québec particulièrement à partir des environs du village de Lauzon. Jusqu’à l’implantation des réserves après 1850, de nombreux visiteurs, peintres, écrivains, historiens se rendent sur les grèves de Pointe-Lévy, attirés par la vue sur Québec mais aussi par curiosité pour voir les Amérindiens campés à l’anse aux Sauvages, (anse Gilmour).

Ce grand courant imprègne le mouvement pittoresque à l’anglaise dans l’aménagement de grandes propriétés bourgeoises, agrémentées d’allées et de promenades ombragées dans une ambiance d’atmosphère bucolique. La vue sur le fleuve et leurs chantiers à bois motive la localisation des villas des riches marchands tant sur les hauteurs de Québec qu’à Lévis. Ailleurs, la vue sur le fleuve, mais aussi sur la rivière Saint-Charles et les Laurentides incite une élite marchande à s’établir en bordure du chemin de la Canardière, des routes de Lorette (Saint-Vallier Ouest) et de Charlesbourg (1ere Avenue).

  1. Vue de Québec à partir de la Citadelle par Bainbridge (1836), Wikimedia Commons
  2. Vue de la basse-ville et du fleuve à partir de la terrasse Durham (1833), Bibliothèque et Archives Canada
  3. Vue de Saint-Augustin et vue d’ensemble de la colline de Québec (vers 1810), George Heriot, Musée McCord
  4. La chute Montmorency (1804), George Heriot, Bibliothèque et Archives nationales du Québec
  5. Les chutes de la rivière Chaudière (vers 1840), Joseph Légaré. Wikimedia, Collection Bibliothèque et Archives Canada


Pour en savoir plus : Le fleuve, source de divertissement
Le fleuve et la rivière Saint-Charles sont des sources de divertissement pour aller voir les navires et le lancement des bateaux en bois, puis à vapeur, nouvellement construits. L’été, les premières  régates (1832) attirent les foules le long du fleuve ou l’hiver, rassemblent patineurs, joueurs de curling ou barques à voile sur le fleuve glacé.


 

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