Les paysages et l’évolution géologique du territoire

De nombreuses villes et de nombreux pays à travers le monde reconnaissent que le paysage est un élément important de la qualité du cadre de vie des populations, tant dans les milieux urbains, villageois ou ruraux, qu’ils soient des paysages remarquables ou ordinaires.  Le paysage comprend deux composantes d’importance: l’ensemble des éléments géographiques qui forment l’assise du paysage et le regard porté sur le territoire qui concerne les diverses perceptions et valorisations. En effet, la notion de paysage comprend une qualification de parties de territoire sur la base de valeurs multiples, historiques, esthétiques, écologiques, visuelles, identitaires, etc.

Ce texte propose une synthèse des grandes transformations des paysages à travers les grandes étapes marquantes. Il début, plus-bas, avec l’évolution géologique, suivi des cinq périodes suivantes:

Les formes du territoire, assises des grands paysages

La région de Québec se distingue par le caractère spectaculaire de ses paysages. En effet, elle se trouve à la confluence du Bouclier canadien et des Basses-terres du Saint-Laurent. Une longue évolution a mis en place une morphologie distinctive sur son territoire avec des paysages de l’estuaire du Saint-Laurent, des paysages de plaines, de terrasses ou de collines.

Les formes présentes sur le territoire de la CMQ s’agencent en deux grands paysages dotés d’une végétation distinctive : la plaine du moyen Saint-Laurent appartenant aux Basses-terres du Saint-Laurent où une forêt feuillue domine, et les Laurentides méridionales appartenant au Bouclier canadien, recouvertes d’une forêt mixte de feuillus et de conifères. Un piémont marque la limite de ces deux paysages correspondant au niveau supérieur atteint par la mer de Champlain. Ce piémont traverse la CMQ d’ouest en est, puis plonge directement dans l’estuaire moyen du Saint-Laurent au-delà du cap Tourmente.

Au nord de la plaine du Saint-Laurent, s’étend le premier contrefort des Laurentides, largement recouvert par une sapinière à bouleau jaune. Il s’agit d’une étendue de collines au relief émergent comprenant les collines de Duschesnay, de Shannon, du mont Bélair, du lac des Roches, de Sainte-Brigitte-de-Laval ou de Château-Richer. Des vallées associées à des lacs et des rivières découpent ces collines : le lac Saint-Joseph et la vallée de la rivière aux Pins, les portions intermédiaires des terrasses de la rivière Jacques-Cartier et de la vallée des lacs Saint-Charles et Delage, la vallée de la rivière Jaune et du lac Beauport et la vallée des Sept-Chutes de la rivière Sainte-Anne. Les rivières Montmorency et Sault-à-la-Puce y coulent en des parcours encaissés.

Plus au nord, les collines de la base militaire de Valcartier, de Tewkesbury, de Stoneham ou de Saint-Adolphe forment des massifs quasi-parallèles, recouverts d’une forêt mixte et découpés par une section de la vallée de la rivière Jacques-Cartier et par la vallée de la rivière des Hurons.

Les transformations géologiques

Au cours des âges, de grandes forces naturelles et des conditions climatiques extrêmes ont forgé des paysages singuliers d’une région à l’autre du Québec. Les paysages actuels de la CMQ résultent aussi d’une longue histoire. Ils sont le reflet de plusieurs événements qui ont façonné son territoire depuis des temps très anciens à l’échelle géologique.

Trois grandes périodes permettent de comprendre cette évolution :

  • La mise en place du socle du territoire
  • Les glaciations du quaternaire
  • La déglaciation et les niveaux d’invasion marine du Saint-Laurent.

La mise en place du socle du territoire

Le Bouclier canadien se compose de roches, parmi les plus vieilles sur la planète, datant du Précambrien (entre 4,5 milliards et 540 millions d’années) et occupe le nord du territoire de la grande région de Québec. Il y a environ 1 250 à 900 millions d’années, une collision continentale a créé une imposante chaîne de montagnes, en marge du Bouclier canadien, correspondant maintenant à la région physiographique des Laurentides. Composées de roches intrusives métamorphisées[1], ces roches représentent la racine d’une ancienne chaîne de montagnes exposée à l’érosion depuis des millions d’années. À la suite de la formation de ces anciens reliefs, l’ensemble des masses continentales terrestres était alors réuni en un seul continent nommé Rodinia.

Il y a environ 600 millions d’années, la fragmentation du continent Rodinia a contribué, en s’élargissant progressivement, à la distinction de masses continentales (laurentia, baltica, amazonia, rio plato…) et à la formation d’un vaste océan nommé Iapétus, entre 540 et 445 millions d’années.

L’accumulation des sédiments au fond de l’océan Iapétus a formé les roches sédimentaires caractéristiques de la Plateforme du Saint-Laurent, parmi lesquelles on distingue les calcaires argileux, les shales, les grès et les ardoises. Cet océan s’est élargi avec le jeu des plaques tectoniques qui s’éloignaient les unes des autres.

À partir de 450 millions d’années, l’extension de l’océan Iapetus s’inverse totalement, les continents se rapprochent, les Appalaches se forment. La formation de la chaîne de montagnes taconienne est suivie, vers 375 millions d’années, par la chaîne de montagnes acadienne.

Les masses continentales et l’océan lapétus (Source : Blais et al. 2005)

Les glaciations du quaternaire

Il y a 2 millions d’années, les glaciations marquent l’époque du quaternaire. À partir de 60 000 AA (avant aujourd’hui), la glaciation du Wisconsin amorce la formation d’un vaste glacier, l’Inlandsis laurentidien, qui enfouit presque tout le Canada sous plusieurs kilomètres d’épaisseur de glace, il y a près de 18 000 ans.

La grande région de Québec se retrouve alors sous 3 km de glace. La fonte de cette calotte glaciaire lors d’épisodes de glaciation-déglaciation a donné naissance aux mers de Champlain et de Goldwaith.

La déglaciation et les niveaux d’invasion marine du Saint-Laurent

Le retrait des glaciers a produit une forte érosion, principalement due aux eaux de fonte, conjuguée à un relèvement isostatique du socle rocheux. Puis l’accumulation de dépôts de surface sous l’effet d’une invasion marine en retraits progressifs a donné la dernière touche à la morphologie actuelle du territoire. Les rivières ont pris graduellement leur place et ont segmenté le territoire en vallées parallèles s’écoulant vers le fleuve.

À chaque stade, correspondent des dépôts meubles typiques d’argile, de sable et de gravier dont dépendent divers usages actuels. Vers 11 500 ans AA, la mer de Champlain recouvrait la colline de Québec et l’île d’Orléans jusqu’à une élévation de 180 à 235 m sur la rive nord et jusqu’à environ 190 m sur la rive sud.

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